
Can This Love Be Translated ? est une romcom contemporaine où la traduction n’est pas seulement un métier, mais une métaphore permanente : comment dire ce qu’on ressent, comment entendre l’autre quand on ne parle pas la même langue, et surtout comment “traduire” ses propres peurs en quelque chose de vivable. La série suit Joo Ho-jin, interprète polyglotte, et Cha Mu-hee, actrice dont la carrière bascule brutalement, puis se reconstruit sous les projecteurs, avec tout ce que cela implique de mise en scène de soi, de malentendus et de blessures anciennes.

Tout commence au Japon, sur un moment de honte et de débordement émotionnel : Mu-hee est en vrac après une trahison amoureuse et se retrouve, presque malgré elle, à confier son histoire à un inconnu qui va littéralement la “traduire” pour l’aider à sortir d’une situation embarrassante. Ho-jin, lui, est là pour une conférence littéraire qu’il a traduite, mais il est également là dans une attente sentimentale qu’il n’ose pas regarder en face. Ils se quittent en pensant que ce n’était qu’une parenthèse, une de ces rencontres où l’on se livre justement parce qu’on ne se reverra pas. Évidemment, la série construit l’inverse : cette parenthèse devient l’origine d’un lien, et la première brique d’une romance qui va se heurter à ce que chacun cache le mieux.


Le destin de Mu-hee bascule quand elle tourne un film horrifique où elle incarne Do Ra-mi, un personnage extrême, sanguinaire, instinctif, presque “hors-limites”. Une chute à la fin du tournage la plonge dans le coma ; à son réveil, le film est devenu un succès mondial et Mu-hee une Star, célèbre, mais déphasée. Mu-hee n’a pas seulement “perdu du temps”, elle a aussi laissé une part d’elle-même dans ce personnage de fiction, Do Ra-mi, qui va cesser d’être un simple rôle pour devenir une présence intérieure.
C’est là que la série prend sa couleur singulière. Do Ra-mi devient une sorte de double, une zone de vérité brute que Mu-hee ne s’autorise pas dans la vie réelle. Do Ra-mi dit ce que Mu-hee retient, désire ce que Mu-hee juge “dangereux”, provoque là où Mu-hee se protège, et transforme la romance en triangle faussement amoureux. Le spectateur comprend progressivement que lorsque Mu-hee devient Do Ra-mi ce n’est pas un gadget fantastique, mais un mécanisme de survie. Quand Mu-hee a peur, quand l’attachement devient risqué, une autre version d’elle prend le relais pour éviter la blessure, quitte à saboter ce qui est en train de naître.

La romance entre Mu-hee et Ho-jin se relance quand ils se retrouvent à travailler ensemble : Ho-jin devient son interprète, au plus près de ses silences comme de ses contradictions. La série joue très finement sur le paradoxe du métier : Ho-jin sait traduire toutes les langues, mais il doit apprendre une langue autrement plus difficile, celle des réactions de Mu-hee, de ses fuites, de ses demi-aveux, de ses retours en arrière. Il n’est pas seulement celui qui “met des mots”, il devient celui qui écoute entre les mots, qui repère les stratégies de protection, et qui refuse que la relation soit dictée uniquement par la peur.
Le tournage de la télé-réalité romance ajoute une couche de mise en abyme particulièrement efficace : Mu-hee doit “jouer” l’amour devant une équipe, une narration, des attentes de public, alors même qu’elle ne sait pas encore si elle a le droit d’y croire dans l’intime.

Dans cette télé-réalité, le partenaire prévu est Hiro, star japonaise charismatique, et la série organise un triangle lisible mais symbolique : Hiro incarne une relation possible par l’image, par le scénario, par la performance, tandis que Ho-jin incarne une relation possible par l’attention réelle, la durée, le quotidien, et l’acceptation des parts moins glamour. Le show devient alors un révélateur : plus Mu-hee doit “performer” l’amour avec Hiro, plus ses émotions véritables remontent ailleurs, souvent au mauvais moment, et souvent via Do Ra-mi.
La dualité Ho-jin / Mu-hee / Do Ra-mi devient le cœur émotionnel de la série. Ho-jin tombe amoureux de Mu-hee, mais se retrouve parfois face à Do Ra-mi, qui peut sembler plus libre, plus directe, presque plus “amoureuse” parce qu’elle ose tout dire. Mu-hee, elle, souffre de voir sa relation lui échapper : quand Do Ra-mi intervient, Mu-hee a l’impression d’être remplacée dans sa propre histoire, et en même temps elle sait que cette “autre” est une part d’elle-même.
La série relie explicitement les comportements de l’adulte aux traumas de prime jeunesse : ce qu’on a appris très tôt sur l’amour, la sécurité, la trahison, la valeur de soi, finit par devenir une “traduction automatique” de chaque relation à l’âge adulte. Mu-hee a intériorisé l’idée qu’aimer expose, que l’on est abandonné quand on se montre, que le bonheur appelle une punition. Do Ra-mi, au fond, apparaît comme la clé de cette enfance : une forme inventée ou encouragée pour survivre, un masque devenu refuge, puis devenu prison quand l’amour réel exige d’être présente, entièrement présente.

À mesure que la télé-réalité les fait voyager et les rapproche, la romance Mu-hee / Ho-jin oscille entre évidence et impossibilité. Ho-jin n’est pas l’amant “magique” qui répare tout : il se trompe, se blesse, doute, mais il a cette solidité rare : il regarde Mu-hee sans se laisser hypnotiser par son statut, et il reste quand elle tente de le repousser. Le récit monte alors vers une série de choix : continuer à “jouer” l’amour, ou l’assumer ; laisser Do Ra-mi décider à sa place, ou réintégrer Do Ra-mi comme une part d’elle sans lui donner le volant.
La fin assume pleinement le thème de l’auto-sabotage et du retour du sentiment malgré tout. Quand Mu-hee commence à se souvenir plus clairement de ce qu’elle a vécu “comme” Do Ra-mi, elle panique : si Ho-jin voit tout, s’il connaît ses secrets, alors elle ne pourra plus contrôler l’image qu’il a d’elle, et donc elle risque d’être rejetée. Elle préfère provoquer la rupture plutôt que de revivre l’abandon. Ho-jin, au lieu de promettre un amour parfait, ne vend pas l’éternité comme un slogan, il choisit d’être là, maintenant, et de ne plus laisser la peur traduire leurs gestes à leur place. Leur séparation temporaire sert surtout à permettre à Mu-hee d’arrêter de fuir, puis à revenir en adulte, pas en personnage. La réunion finale, plus tendre que spectaculaire, confirme que la romance reprend le dessus, non pas parce que tout est effacé, mais parce que Mu-hee accepte enfin de dire clairement ce qu’elle ressent, et de laisser l’autre l’entendre.

Fabriquer l’amour : de la téléréalité fictive au storytelling Netflix
Comment traduire cet amour fonctionne comme une mise en abyme permanente entre ce qu’elle raconte et la manière dont elle est vendue, au point que la frontière entre récit, marketing et perception du public devient volontairement floue.
Dans la série, la télé-réalité est présentée comme une émission de découverte des plus beaux lieux du monde, un format supposément doux, esthétique, apolitique, mais dont l’objectif réel est limpide : fabriquer une romance sous les yeux du public. La production interne du show espère explicitement qu’une idylle naisse entre deux idoles, Mu-hee et Hiro, parce que l’amour “vend”, parce qu’il crée de l’adhésion, parce qu’il prolonge la durée de vie médiatique d’un programme. L’amour n’y est pas seulement vécu, il est scénarisé, attendu, presque requis. Et Mu-hee, qui a déjà du mal à distinguer ce qu’elle ressent de ce qu’elle joue, se retrouve prise dans un dispositif qui exige d’elle des émotions lisibles, partageables, exportables.

Ce dispositif fait écho de manière troublante à la promotion réelle de la série. Netflix orchestre une communication très agressive et très fine à la fois, multipliant les extraits “volés”, les moments hors-champ, les regards échangés lors des interviews, les gestes affectueux saisis pendant les émissions de promotion. Sur les réseaux sociaux, chaque sourire entre Go Youn-jung et Kim Seon-ho est monté, recadré, isolé, commenté, jusqu’à créer l’illusion d’un récit parallèle : et s’ils étaient plus que des partenaires de jeu ? et si la romance débordait de l’écran ? Le public est ainsi invité à “jouer” exactement le même rôle que les spectateurs de la télé-réalité dans la fiction : observer, interpréter, projeter.

Ce qui est particulièrement intelligent — et un peu cynique —, c’est que la série semble anticiper ce mécanisme. Elle montre comment un dispositif médiatique peut fabriquer du sentiment, comment des gestes anodins deviennent des signes, comment l’intimité est mise en scène jusqu’à devenir un produit narratif. Et dans le même temps, la promotion réelle reproduit ce schéma à l’identique, comme si la série se prolongeait dans la réalité. On ne sait plus très bien si l’on regarde une fiction sur la fabrication de l’amour médiatique, ou une fiction qui sert elle-même de laboratoire à ce phénomène.
Le succès sur Netflix tient beaucoup à cette confusion maîtrisée. La romance Mu-hee / Ho-jin est racontée comme une histoire fragile, intime, presque pudique, tandis que la romance “supposée” Go Youn-jung / Kim Seon-ho — est bruyante, spectaculaire, sur-exposée, menée par les fans et les tabloïds numériques. Le spectateur est pris entre deux régimes d’images : celui de l’émotion vraie, souvent silencieuse, et celui de l’émotion performée, constamment commentée.

Ce jeu de miroirs renforce le propos central de la série : aimer sous le regard des autres est déjà une traduction, donc une trahison partielle. Ce que l’on montre n’est jamais exactement ce que l’on ressent. Et plus le “ramdam” promotionnel est intense, plus il met en valeur, par contraste, la sincérité presque maladroite de la relation Mu-hee / Ho-jin. Là où la télé-réalité interne cherche à fabriquer un couple vendable, la série raconte au fond l’histoire inverse : un amour qui ne supporte pas très bien d’être vu, commenté, interprété.

En ce sens, le marketing n’est pas seulement efficace, il est presque cohérent artistiquement. Il transforme le spectateur en acteur du dispositif qu’il critique. On se surprend à analyser des regards, à guetter des gestes, exactement comme la production de la télé-réalité dans la fiction. Et quand on s’en rend compte, il est déjà trop tard, la série a gagné.
Le trio Mu-hee, Ho-jin & Do Ra-mi
On parle bien d’un trio dramatique plutôt que d’un simple duo romantique, parce que Mu-hee n’est jamais seule face à Ho-jin : Do Ra-mi est constamment là, parfois visible, parfois fantômatique, mais toujours agissante. Cette configuration donne à la relation une épaisseur rare pour une romcom, en transformant chaque scène intime en négociation intérieure.
Ce qui fait que ça fonctionne, c’est justement le jeu des acteurs, et surtout leur capacité à créer des nuances sans surligner. Mu-hee n’est pas jouée comme une héroïne “brisée” classique, elle oscille, elle contrôle, elle se dérobe, et l’actrice réussit à faire sentir que Do Ra-mi n’est pas un masque volontaire, mais une réponse réflexe au danger émotionnel. Quand Do Ra-mi apparaît, on ne sent pas une rupture artificielle, mais un glissement, le même corps, le même regard, mais une énergie différente, plus frontale, presque défensive dans sa séduction. On comprend très vite que Do Ra-mi n’est pas là pour faire du spectacle, mais pour protéger Mu-hee de ce qu’elle craint le plus : l’attachement réel.

Ho-jin, lui, est essentiel pour que ce trio ne vire pas au concept abstrait. Il pourrait être un simple point fixe, un “bon gars” face au chaos, mais son interprétation lui donne une présence active. Il réagit différemment à Mu-hee et à Do Ra-mi, parfois sans en avoir pleinement conscience, et c’est là que le jeu devient subtil : il n’est pas attiré par une version “plus fun” ou “plus libre” de Mu-hee, il est troublé par cette dissonance, par le fait que l’amour semble lui parvenir par fragments. L’acteur joue beaucoup sur l’écoute, les silences, les micro-hésitations, ce qui rend crédible le fait qu’il sente qu’il se passe quelque chose sans pouvoir le formuler clairement.

Ce trio fonctionne aussi parce que la série accepte l’inconfort. Il n’y a pas de hiérarchie claire entre Mu-hee et Do Ra-mi : Do Ra-mi n’est ni une rivale, ni une ennemie, ni une simple “maladie” à éradiquer. Elle est une part de Mu-hee qui a longtemps mieux survécu qu’elle. Et c’est précisément cette ambiguïté que les acteurs rendent palpable : parfois Do Ra-mi semble plus vivante, parfois plus dangereuse, parfois plus honnête que Mu-hee elle-même. Ho-jin, au centre, devient alors le révélateur, sa constance met en lumière les fissures, sans jamais les exploiter.
Au final, si la romance tient, c’est parce que ce trio n’est jamais traité comme un effet scénaristique. Les acteurs donnent le sentiment que chaque regard, chaque recul, chaque retour en arrière est motivé intérieurement. On ne regarde pas seulement une histoire d’amour, on regarde une personnalité qui se réorganise sous le regard de quelqu’un qui accepte de ne pas aimer une version “simplifiée”. Et c’est cette alchimie à trois, fragile mais cohérente, qui fait que la série reste en tête bien après le dernier épisode.

Les comédiens
Kim Seon-ho dans le rôle de Joo Ho-jin
Interprète multilingue maîtrisant le chinois , l’anglais , l’italien et le japonais.

Go Youn-jung dans les rôles de Cha Mu-hee & Do Ra-mi
Une actrice devenue une célébrité mondiale grâce à son rôle de Do Ra-mi dans un film de zombies.

Sota Fukushi dans le rôle de Hiro Kurosawa
Un acteur japonais qui rejoint Mu-hee dans une télé-réalité de voyage et romance.
Choi Woo-sung dans le rôle de Kim Yong-u
Le manager de Cha Mu-hee
Lee Yi-dam dans le rôle de Shin Ji-seon
Une productrice de téléréalité reconnue pour ses compétences exceptionnelles.

Auteurs : Hong Jung-eun & Hong Mi-ran
Réalisateur : Yoo Young-eun
Musique : Choi In-hee
Producteur exécutif : Choi Jin-hee, Kim Jin-yi & Park Joo-yeon
Producteur : Lee Yong-soo
Directeurs photo : Keeha Choi & Kim Young-jin
Leur travail est exemplaire, les images sont magnifiquement bien construites et apportent au récit un plus sans conteste.
Montage : Kim Hyang-sook
Société de production : Studio Sot, Trii Studio & Imaginus.

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