★★★★ Le charme de What’s Wrong with Secretary Kim? – 김비서가 왜 그럴까

What’s Wrong with Secretary Kim? suit la vie de Lee Young-joon, vice-président extrêmement compétent mais profondément narcissique d’un grand groupe industriel, et de Kim Mi-so, sa secrétaire exemplaire, dévouée, efficace et patiente, qui travaille à ses côtés depuis neuf ans. Young-joon est l’archétype du dirigeant imbu de lui-même : il est beau, riche, intelligent et convaincu que tout tourne autour de lui, jusqu’au jour où Mi-so annonce sa démission soudainement, déclenchant une série d’événements aussi drôles qu’émouvants.

Dans la première partie de la série, c’est avant tout une comédie de bureau. Young-joon, habitué à ce que tout lui soit servi sur un plateau, ne supporte pas l’idée de perdre Mi-so, qui a anticipé tous ses besoins pendant presque une décennie. Il met alors en place toute une série de stratégies souvent absurdes et drôles pour la convaincre de rester, passant de la manipulation subtile à des déclarations maladroites, sans jamais vraiment comprendre pourquoi elle souhaite partir. Cet aspect du récit joue pleinement avec les codes de la comédie : malentendus, situations embarrassantes, piques sarcastiques des collègues, et surtout le contraste entre l’arrogance de Young-joon et la patience zen de Mi-so qui fait rire autant qu’elle met en lumière les déséquilibres de pouvoir en milieu professionnel.
La série développe aussi les relations de travail dans un grand groupe et les dynamiques entre dirigeants et subordonnés. Si Young-joon est le chef, ce sont ses collègues et amis au bureau — dont le directeur Park Yoo-sik et l’équipe des secrétaires — qui apportent des interactions secondaires riches en humour et en chaleur. Les interactions de ces personnages caricaturaux au début — l’assistant sarcastique, la secrétaire un peu prétentieuse, etc. — se transforment progressivement à mesure qu’ils se découvrent des objectifs et des désirs propres, éclairant la façon dont les individus construisent leur identité au travail tout en naviguant dans les attentes sociales et professionnelles.

Le cœur de l’histoire reste la romance entre Young-joon et Mi-so. La série transforme progressivement la ruse initiale de Young-joon — qui commence par vouloir la garder sous prétexte de « ne pas pouvoir fonctionner sans elle » — en reconnaissance sincère de ses sentiments. Ce qui débute comme une tentative de manipulation se mue en une histoire d’amour tendre et profonde, lorsqu’ils commencent à se dévoiler l’un à l’autre, à partager des moments personnels, et à comprendre que leur relation dépasse largement le cadre professionnel. Ils doivent chacun faire face à leurs émotions, leurs peurs — notamment à travers des flashbacks dramatiques qui révèlent des blessures du passé — et à l’idée de se laisser réellement approcher par l’autre.

Un des thèmes importants de la série est aussi la gestion entre vie professionnelle et vie privée. Mi-so, après des années à mettre sa vie personnelle entre parenthèses pour son travail, réalise qu’elle veut construire quelque chose pour elle-même — une vie qui inclut amour, famille et accomplissement personnel — contrairement à Young-joon qui a longtemps confondu efficacité professionnelle et bonheur personnel. Leur romance devient alors une exploration de comment deux personnes très différentes peuvent apprendre à concilier leurs ambitions professionnelles avec leurs désirs personnels, en faisant des compromis et en grandissant ensemble.
Au fil des épisodes, les personnages qui semblaient au départ stéréotypés ou caricaturaux — le patron imbu de lui-même (il a quand même du mal à prendre de la distance avec son égo), l’assistant excentrique, les collègues colorés — se révèlent plus profonds et humains. La comédie de bureau cède progressivement la place à des arcs plus nuancés où chacun trouve sa place et ses motivations, ce qui donne à la série une évolution émotionnelle subtile et satisfaisante.

Coup de zoom sur les personnages

Lee Young-joon (interprété par Park Seo-joon) est le vice-président d’un grand groupe familial. Extrêmement compétent, brillant stratège et travailleur acharné, il est aussi d’un narcissisme assumé, convaincu que son intelligence, sa beauté et son charisme le placent naturellement au-dessus des autres. Au début de la série, il est presque une caricature du dirigeant arrogant, incapable d’imaginer que quelqu’un puisse vouloir s’éloigner de lui. L’annonce de la démission de sa secrétaire agit comme un choc existentiel. Peu à peu, derrière cette façade d’ego surdimensionné, apparaît un homme profondément solitaire, marqué par des traumatismes d’enfance refoulés et par une incapacité à comprendre ses propres émotions. Son évolution est l’un des moteurs du récit : il apprend à écouter, à douter, à aimer sincèrement et à distinguer son rôle de patron de son identité d’homme.

Kim Mi-so (interprétée par Park Min-young) est la secrétaire modèle. Organisée, efficace, élégante, elle anticipe chaque besoin de son patron avant même qu’il ne l’exprime. Pendant neuf ans, elle a mis sa vie personnelle entre parenthèses pour subvenir aux besoins de sa famille et soutenir la carrière de Young-joon. Derrière son sourire constant et son professionnalisme irréprochable se cache une jeune femme lucide, consciente de sa valeur, qui décide enfin de penser à elle-même. Sa volonté de démissionner n’est pas une fuite mais un acte d’émancipation. Au fil de la série, elle passe du rôle de subordonnée effacée à celui d’une femme affirmée, capable de poser des limites claires entre travail, amour et respect de soi.

Lee Sung-yeon (interprété par Lee Tae-hwan) est le frère aîné de Young-joon et un auteur à succès, souvent perçu comme plus calme et plus mature. Longtemps, une rivalité silencieuse et douloureuse les oppose, nourrie par un passé commun traumatique et des souvenirs fragmentés. Sung-yeon incarne une autre facette de la réussite : moins tapageuse, plus introspective. Son arc narratif permet d’explorer les thèmes de la mémoire, de la culpabilité et du pardon, et apporte une profondeur dramatique à une série dominée par la comédie romantique.

Park Yoo-sik (interprété par Kang Ki-young) est le directeur de l’entreprise et l’ami proche de Young-joon. D’abord présenté comme un collègue un peu maladroit et bavard, il devient rapidement un pilier comique et émotionnel. Il sert souvent de contrepoint au narcissisme de Young-joon, osant lui dire ce que personne d’autre ne se permet. Son propre parcours amoureux, semé de doutes et d’hésitations, reflète une version plus ordinaire et accessible des questionnements sentimentaux abordés par la série.

Développement : Studio Dragon
Auteur : Jung Eun-young
Réalisateur : Park Joon-hwa
Producteurs exécutifs : Jang Jeong-do, Moon Suk-hwan & Oh Kwang-hee
Producteur : Lee Young-ok
Société de production : Bon Factory Worldwide

L’histoire refoulée

Lorsque Lee Young-joon est enfant, il est victime d’un enlèvement traumatisant, un événement central de la série mais longtemps enfoui dans sa mémoire. Séquestré pendant plusieurs jours, il subit la peur, la faim, l’isolement et l’impuissance, expériences fondatrices qui expliquent une grande partie de sa personnalité adulte. Durant cet enlèvement, il n’est pas seul : une petite fille est retenue avec lui. Cette enfant est Kim Mi-so, bien avant qu’ils ne se retrouvent des années plus tard dans un cadre professionnel. À l’époque, ils se soutiennent mutuellement pour survivre à la captivité. Young-joon lui parle pour l’empêcher de s’effondrer, lui promet qu’ils sortiront vivants de cet enfer. Pour Mi-so, ce garçon devient une figure protectrice, rassurante, presque salvatrice. Pour Young-joon, cette promesse d’être fort pour elle devient un socle identitaire.

Après leur libération, l’événement est mal géré par les adultes, en particulier par les parents des deux frères Lee. Pour protéger la cellule familiale et, surtout, pour préserver l’équilibre psychologique de l’un des enfants, ils inventent une fable, un récit mensonger selon lequel ce ne serait pas Young-joon mais Lee Sung-yeon, le frère aîné, qui aurait été l’enfant courageux ayant protégé la fillette. Young-joon, encore fragile, est encouragé à croire qu’il n’a été qu’un enfant faible, passif, incapable de se souvenir correctement. Cette manipulation parentale, pensée comme une protection, devient en réalité une violence symbolique durable.

Cette fable fracture profondément la relation entre les deux frères. Lee Sung-yeon, à qui l’on attribue un rôle héroïque qui n’est pas le sien, grandit avec un sentiment diffus de culpabilité et de malaise, sans comprendre pleinement ce qui lui est arrivé. Lee Young-joon, de son côté, est envahi par des cauchemars récurrents, des images fragmentées de l’enlèvement et du suicide d’une jeune femme, qu’il ne parvient pas à assembler. Son narcissisme adulte, souvent comique en surface, est en réalité une armure psychique construite pour masquer une angoisse ancienne, un sentiment d’abandon et de honte. Il doit être parfait, brillant, irréprochable, pour ne plus jamais être ce petit garçon vulnérable.

Lorsque Lee Sung-yeon rencontre Kim Mi-so à l’âge adulte, cette fable ressurgit de manière troublante. Convaincu d’être l’enfant qu’elle a connu autrefois, il développe pour elle un attachement sincère, nourri par la croyance qu’ils partagent un passé commun. Ce malentendu alimente un triangle amoureux fragile, non pas fondé sur une véritable rivalité romantique, mais sur une mémoire faussée. Sung-yeon s’accroche à Mi-so comme à une preuve de son identité, tandis que Mi-so, confuse, sent que quelque chose ne colle pas dans ce récit.

Cette confusion est renforcée par la notion culturelle coréenne de “oppa”. En coréen, “oppa” désigne un homme plus âgé, mais il porte une forte charge affective : protection, proximité émotionnelle, parfois ambiguïté amoureuse. Lorsqu’enfant, Mi-so appelait le garçon de l’enlèvement “oppa”, elle associait ce mot à une figure rassurante et aimante. À l’âge adulte, ne sachant pas clairement lequel des deux frères est cet “oppa” de son souvenir, elle hésite inconsciemment à s’abandonner pleinement à Lee Young-joon, malgré une attirance évidente. Ce terme agit comme un verrou émotionnel, bloquant son engagement tant que la vérité n’est pas révélée.
La révélation progressive de la vérité permet de réparer la mémoire des deux frères et de libérer Mi-so de ce poids symbolique. Young-joon peut enfin reconnaître qu’il a été fort à sa manière, qu’il n’a pas à avoir honte de sa vulnérabilité d’enfant. Sung-yeon peut se détacher d’un rôle qui ne lui appartenait pas et avancer sans usurper une identité héroïque.
Cette vérité éclaire aussi d’un jour nouveau les neuf années de relation professionnelle entre Mi-so et Young-joon. Pendant presque une décennie, elle a partagé son quotidien, anticipé chacun de ses gestes, connu ses silences, ses manies, ses peurs inexprimées. Elle le connaît littéralement par cœur. Si elle souhaite démissionner au début de la série, ce n’est pas par lassitude ou par rejet, mais parce qu’elle pressent une impasse : rester sa secrétaire, c’est rester dans une relation asymétrique où l’amour n’a pas de place claire. Elle sait que, tant qu’ils resteront enfermés dans ce couple professionnel, rien ne pourra évoluer.

Sa démission est donc moins une rupture qu’un acte de lucidité. En quittant son poste, Mi-so force Young-joon à la regarder non plus comme une extension de lui-même, mais comme une femme autonome et désirable. C’est seulement en sortant de cette relation de travail de neuf ans que leur histoire d’amour peut enfin naître sur des bases saines, débarrassées des fables, des malentendus et des rôles imposés.

Une comédie de bureau

Une comédie de bureau est un genre narratif (en télévision, cinéma, parfois en littérature) qui prend pour cadre principal le monde du travail, généralement un bureau, une entreprise ou une administration, et qui utilise les situations professionnelles quotidiennes comme moteur comique et dramatique.
Dans une comédie de bureau, l’humour naît d’abord des rapports hiérarchiques : patrons autoritaires ou égocentriques, employés surqualifiés ou sous-estimés, assistants indispensables mais invisibles, collègues rivaux ou complices. Le décalage entre les rôles officiels et les comportements humains crée des situations absurdes, ironiques ou satiriques. Les règles du travail – horaires, procédures, objectifs, réunions – deviennent autant de prétextes à quiproquos et à tensions comiques.

Le genre repose aussi sur la proximité forcée entre les personnages. Passer ses journées au même endroit, sous pression, favorise les confidences, les conflits, les alliances et souvent les romances au travail. C’est pourquoi la comédie de bureau explore fréquemment la frontière floue entre vie professionnelle et vie privée, en posant des questions comme : peut-on aimer son supérieur ou son subordonné ? comment préserver son identité personnelle dans un cadre hiérarchisé ? jusqu’où le travail envahit-il l’intime ?
Un autre aspect fondamental est l’usage de personnages volontairement caricaturaux au départ. On trouve souvent le chef narcissique, l’employé cynique, la collègue ultra-efficace, le romantique maladroit ou le conformiste zélé. Mais dans les meilleures comédies de bureau, ces archétypes évoluent : derrière la caricature apparaissent des fragilités, des ambitions contrariées, des blessures personnelles. Le rire devient alors un moyen d’aborder des thèmes plus profonds comme la reconnaissance, le burn-out, la solitude ou le besoin d’équilibre.

Enfin, la comédie de bureau fonctionne comme un miroir social. Sous une forme légère, elle critique les excès du monde professionnel : culte de la performance, abus de pouvoir, compétition interne, injonction à la réussite. Elle permet au spectateur de rire de situations qu’il connaît souvent très bien, tout en offrant une forme de catharsis et parfois une vision idéalisée d’un travail où l’humain finit par reprendre le dessus.
Dans le cas des séries coréennes, la comédie de bureau prend une couleur particulière en intégrant la culture d’entreprise locale : respect strict de la hiérarchie, poids des titres, afterworks obligatoires, pression sociale. Elle devient alors un terrain idéal pour mêler humour, romance et critique douce-amère du monde du travail contemporain.

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