Le 3 novembre 2025, en sortant d’une station de métro du quartier de Shibuya, l’atmosphère inhabituelle qui régnait aux abords de Shibuya Sakura Stage attirait immédiatement l’attention. Une scène était en cours d’installation, des prospectus circulaient, annonçant un festival se déployant sur plusieurs scènes du quartier et jusque dans une rue voisine. C’est ainsi que je découvrais presque par hasard le festival d’Awa Odori de Shibuya, déclinaison urbaine d’une tradition vieille de plus de quatre siècles, originaire de l’ancienne province d’Awa, aujourd’hui la préfecture de Tokushima. Née à l’époque d’Edo et liée aux fêtes d’Obon, cette danse collective repose sur une gestuelle simple, parfois volontairement décalée, portée par un esprit de dérision et de partage.
Le nom de la danse vient du nom de la province d’Awa.
Elle est surnommée « danse des fous » en raison du refrain qui dit : « Il y a les fous qui dansent et les fous qui regardent. Tant qu’à être fous, pourquoi ne pas danser ! La légende de l’Awa-odori raconte que cette danse est née lors de l’achèvement du château de Tokushima, où de l’alcool de riz fut distribué aux citadins en 1586 par Hachisuka Iemasa.
Transplantée au cœur de Tokyo, l’Awa Odori trouvait à Shibuya un cadre singulier, entre architecture contemporaine, flux continus de passants et scènes éphémères. Les représentations, assurées par plusieurs ren venus de Tokushima ou de la région tokyoïte, proposaient des interprétations tantôt très traditionnelles, tantôt plus contemporaines, toujours soutenues par la musique répétitive et entraînante du shamisen, des taiko, des flûtes et des clochettes. J’ai été profondément surpris par ces danses que je ne connaissais pas, par leur vitalité, par les voix aiguës et rythmées des femmes, et par la danse des hommes, extrêmement vivante et expressive. Dans la rue, un homme m’a abordé en anglais pour me demander d’où je venais, ce que j’en pensais et si j’aimais ce que je voyais ; nous avons finalement suivi ensemble le spectacle, échangé sur nos cultures, je lui ai montré sur mon téléphone des danses de Tahiti, et il m’a en retour indiqué les groupes les plus importants du festival. Cette rencontre spontanée, née au détour d’une danse et d’une conversation, résumait parfaitement l’esprit de l’Awa Odori à Shibuya : une tradition vivante, ouverte, qui crée du lien et transforme la rue en un espace de partage et de dialogue culturel.
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