My dearest & le Pansori – Art vocal traditionnel

Le pansori (판소리) est l’un des arts les plus singuliers et puissants de la culture coréenne. Né dans les provinces du sud au XVIIᵉ siècle, à la même époque que celle où se déroule la série, il incarne la voix du peuple dans une société dominée par la noblesse confucéenne. C’est un art à la fois populaire et spirituel, où un chanteur (sorikkun) raconte une histoire épique ou tragique en alternant récit, chant et cris, accompagné par un batteur (gosu) au janggu (장구), le tambour en forme de sablier. La performance, souvent longue de plusieurs heures, demande une virtuosité extrême : puissance du souffle, modulation du timbre, expressivité dramatique.

Le mot même pansori est chargé de sens. Pan (판) désigne la place publique, celle du marché, du spectacle ou du rituel chamanique — le lieu où le peuple se rassemble. Sori (소리) signifie son, voix, bruit. Comme le disait la grande chanteuse Ahn Sook-sun, le mot sori avait à l’origine une connotation péjorative : il désignait la parole de ceux qui n’avaient pas le droit de s’exprimer dans la société confucéenne, celle des gens du peuple, des esclaves, des femmes. Le pansori est donc, dès son origine, un art de la transgression sociale : il donne une voix à ceux que la hiérarchie confucéenne condamne au silence.

Dans My Dearest, ce sens premier est pleinement réinvesti. Le personnage de Ryang-eum, doublé vocalement par le chanteur Park Sang-hoon, est la figure vivante de cette parole libérée. Son chant s’élève dans un monde où tout est régi par le protocole et la peur de la honte. Là où les nobles et les fonctionnaires se taisent ou se réfugient dans les formes vides du confucianisme, le pansori devient le cri du réel. C’est la voix du peuple, celle qui raconte la guerre, la perte, la douleur et l’amour. En choisissant d’intégrer cet art à la narration, My Dearest ne se contente pas d’un simple ancrage historique : il redonne au pansori sa fonction originelle — dire ce que le pouvoir refuse d’entendre.

Ce choix est d’autant plus fort que le pansori, à l’époque de la Joseon du XVIIᵉ siècle, était encore considéré comme un art mineur, indigne des élites. Le fait qu’un personnage central de la série, admiré pour sa sensibilité et sa loyauté, soit un chanteur de pansori, constitue en soi un geste critique envers la rigidité confucéenne. Par la voix de Park Sang-hoon, le pansori redevient ce qu’il a toujours été : la mémoire vivante du peuple coréen, un art du courage et de la douleur, où le chant et le souffle tiennent lieu de vérité.


Kim Yoon-woo joue à l’écran le personnage de Ryang-eum, le chanteur de pansori.

Park Sang-hoon (박상훈) est le véritable chanteur qui interprète les morceaux de pansori entendus dans la série, notamment la version traditionnelle de la chanson <다만 마음으로만> (Only With My Heart), incluse dans l’OST. Park Sang-hoon est un chanteur de gugak (musique traditionnelle coréenne), membre du collectif de musique fusion Team IYAGI (팀 이야지), spécialisé dans la réinterprétation contemporaine du pansori et du minyo.

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