★★★★ Dong-joo & la Veuve Kim : Te Tale of Nok-du – 조선로코-녹두전

The Tale of Nokdu est une comédie romantique et drame politique, qui se déroule sous la dynastie Joseon. Elle suit le parcours de Jeon Nok-du, un jeune homme brillant, habile au combat et curieux, qui mène une vie tranquille dans une région reculée avec sa famille. Un jour, leur village est attaqué par des assassins inconnus, et Nok-du décide de découvrir qui est derrière cette tentative. Ces assassins sont des femmes. Poursuivant une femme mystérieuse jusqu’à la capitale, il aboutit dans un lieu interdit aux hommes : un village de veuves, un espace réservé aux femmes ayant perdu leur mari, où les hommes sont bannis sous peine de mort. Pour infiltrer le village, Nok-du n’a d’autre choix que de se travestir en veuve. Sous l’identité de « la veuve Kim », il s’installe dans cette communauté et découvre un univers féminin clos, rempli de secrets, de tensions et de souffrances dissimulées.

C’est là qu’il rencontre Dong Dong-joo, une apprentie gisaeng au tempérament fougueux, qui refuse de se plier au destin qu’on lui impose. Elle rêve de vengeance contre l’homme responsable de la mort de sa famille. Leur relation commence sous le sceau du malentendu et de l’humour, Dong-joo ne sachant pas que la veuve Kim est en réalité un homme. Mais très vite, ils se rapprochent, liés par un même désir de justice et d’émancipation.

En parallèle, l’intrigue se développe autour d’un complot royal. Nok-du découvre peu à peu qu’il est en réalité d’origine noble, fils caché du roi actuel, que ce dernier a tenté de faire tuer pour préserver son trône. Ce roi, paranoïaque et instable, règne dans un climat de méfiance et de terreur. Les prédictions d’une chamane annonçant qu’un fils du roi causerait sa chute hantent sa gouvernance. Ces prophéties, comme souvent dans les dramas historiques coréens, prennent un poids démesuré et orientent les décisions politiques les plus cruciales, parfois au détriment du bon sens ou de la morale. Le prince héritier, frère adoptif de Nok-du, vit lui aussi dans la précarité du pouvoir, tiraillé entre loyauté et raison d’État, écrasé par les attentes de la cour et la menace de la disgrâce.

L’univers de la série montre comment, à la mort ou au déclin d’un roi, toute la cour bascule dans l’incertitude : certains se précipitent pour trahir, d’autres pour se sacrifier, et d’autres encore pour manipuler les règles du jeu afin de survivre. Cette instabilité touche tous les échelons de la société, du palais jusqu’aux villages périphériques, comme celui des veuves, qui devient un lieu d’exil mais aussi de résistance. On y découvre que certaines femmes, loin d’être résignées, ont formé un groupe secret de sicaires, qui vendent leurs services au plus offrant pour se protéger ou se venger, et qui deviennent un contre-pouvoir silencieux et redoutable.

La romance entre Nok-du et Dong-joo se construit lentement, nourrie de leur double identité, de leurs blessures intimes, et d’une reconnaissance progressive de leurs véritables sentiments. Nok-du, d’abord motivé par la vengeance, devient un homme mû par l’amour et le sens de la justice. Dong-joo, quant à elle, apprend à dépasser sa rancune pour embrasser un avenir qui lui échappait. Leur couple incarne une possible réconciliation entre les violences du passé et l’espoir d’une société plus juste, à travers un amour sincère, courageux, mais rendu presque impossible par les clivages sociaux et les secrets d’État.

The Tale of Nokdu oscille habilement entre légèreté et gravité. Elle mêle l’humour des situations absurdes liées au déguisement de Nok-du et la tension politique croissante à mesure que le secret de sa naissance se dévoile. Elle aborde les thèmes récurrents des dramas historiques comme la fragilité du pouvoir royal, la cruauté du destin imposé par les naissances, la place des femmes dans une société patriarcale, les manipulations de cour, et la force salvatrice de l’amour. La série se distingue aussi par sa manière de donner de la voix aux personnages féminins, y compris secondaires, et de montrer comment, même dans une société rigide, les marges peuvent inventer de nouvelles formes de résistance.

Un travestissement inversé

The Tale of Nokdu renverse l’un des tropes les plus classiques du sageuk et du K-drama en général : celui de la femme qui se travestit en homme pour accéder à un espace interdit, comme l’armée, l’éducation ou les cercles politiques (on pense par exemple à Love in the Moonlight ou Rookie Historian Goo Hae-ryung). Ici, pour une fois, c’est un homme qui se déguise en femme, non pas pour se libérer de contraintes sociales ou poursuivre un rêve, mais pour infiltrer un monde exclusivement féminin, un village de veuves interdit aux hommes.

Ce retournement n’est pas qu’un ressort comique — même si le déguisement de Nok-du donne lieu à de nombreuses situations drôles — c’est aussi un moyen pour la série de questionner le genre et la place des femmes dans une société ultra-hiérarchisée et patriarcale. Le fait que Nok-du doive se faire passer pour une veuve pour avoir accès à certaines vérités souligne l’inaccessibilité des sphères féminines pour les hommes, mais révèle aussi à quel point ces sphères sont marginalisées, contrôlées, voire rendues invisibles. Le travestissement devient alors un outil de déconstruction, permettant au héros de vivre la vulnérabilité féminine de l’intérieur, d’en comprendre les codes, les violences et la résilience.

Contrairement aux héroïnes qui se déguisent en homme pour obtenir une reconnaissance ou une liberté qu’on leur refuse, Nok-du ne cherche pas à s’émanciper par ce biais, mais à révéler une vérité cachée, à lever le voile sur les mensonges d’État, les manipulations politiques, et finalement sur ses propres origines. Le travestissement est donc une ruse nécessaire, mais aussi un passage initiatique, qui l’oblige à adopter d’autres codes, à se mettre en retrait, à observer sans pouvoir imposer sa force. Cette inversion des rôles permet à la série de jouer avec les conventions tout en offrant une réflexion sur l’identité, le pouvoir, la masculinité, et la capacité à se mettre à la place de l’autre.

Les comédiens

  • Jang Dong-yoon – interprète Jeon Nok-du / la veuve Kim, un jeune homme noble élevé loin de la cour, qui infiltre un village de veuves déguisé en femme pour élucider un complot et découvre qu’il est le fils caché du roi.
  • Kim So-hyun – interprète Dong Dong-joo, une apprentie gisaeng rebelle et indépendante, qui rêve de vengeance contre ceux qui ont détruit sa famille, et qui tombe peu à peu amoureuse de Nok-du.

  • Kang Tae-oh – interprète Cha Yool-moo, un noble bienveillant en apparence mais calculateur, amoureux de Dong-joo depuis l’enfance, et aspirant au pouvoir royal par des moyens troubles.

  • Jung Joon-ho – interprète le roi Gwanghae, monarque paranoïaque et tyrannique, hanté par une prophétie qui annonce sa chute à travers l’un de ses fils.

  • Park Min-jung – interprète la Reine, femme noble et distante, qui vit dans la culpabilité d’avoir abandonné son fils Nok-du à la naissance pour protéger le trône.
  • Lee Seung-joon – interprète Jeon Yoon-jeong, le père adoptif de Nok-du, ancien officier qui a élevé le garçon en secret pour le protéger.
  • Yoon Yoo-sun – interprète Cheon Hae-soo, la mère adoptive de Nok-du, affectueuse et loyale, complice du secret entourant les origines du jeune homme.
  • Song Geon-hee – interprète Jeon Hwang-tae, le frère adoptif de Nok-du, doux et loyal, qui l’aide malgré les dangers.
  • Jo Soo-hyang – interprète Kim Ssook, l’une des veuves du village, forte et combative, membre des femmes assassines et protectrice du groupe.
  • Go Geon-han – interprète Yeon Geun, un jeune homme naïf et maladroit du village des veuves, qui développe un respect sincère pour la veuve Kim sans savoir qu’elle est un homme.
  • Hwang In-yeop – interprète Park Dan-ho, un garde royal et membre du personnel de Yool-moo, chargé de protéger son maître dans l’ombre.
  • Lee Moon-sik – interprète le moine chaman, figure comique mais aussi inquiétante, qui fournit des informations ésotériques influençant les décisions de la cour.
  • Oh Ha-nee – interprète Aeng-du, une jeune fille vive du village des veuves, attachée à Dong-joo et curieuse de la nouvelle venue, la veuve Kim.
  • Lee Joo-bin – interprète Moo-wol, une gisaeng réputée, belle et ambitieuse, qui connaît bien les jeux de pouvoir dans la capitale.
  • Han Ga-rim – interprète Mal-nyeon, une autre veuve du village, figure maternelle et protectrice envers les jeunes femmes.
  • Yoo Eun – interprète Jung-sook, femme du village de veuves, sérieuse et méfiante, qui suspecte très tôt la nature réelle de Nok-du.
  • Jang So-yeon – interprète Cheon-hyang, une gisaeng plus âgée qui connaît les rouages de la politique et donne des conseils à Dong-joo.

Basé sur Histoire d’amour Joseon : Le conte de Nokdu de Hye Jin-yang
Écrit par Baek So-yeon & Lim Ye Jin
Réalisé par Kim Dong-hwi
Thème d’ouverture « Miracle » de Woozi ( Seventeen )
Thème de fin « Je serai la lumière » de Younha
Production : The Tale of Nokdu Production Partners
Société de production : Production H & Union Monsters

Une photographie élaborée

La photographie de The Tale of Nokdu se distingue par une élégance visuelle rare dans les sageuks traditionnels, et elle joue un rôle fondamental dans la tonalité très particulière de la série. Dès les premiers épisodes, la composition des plans, le travail de la lumière et la direction artistique annoncent un univers à part, entre théâtre d’époque et cinéma romantique stylisé.

Ce qui frappe, c’est la manière dont les couleurs, les contrastes et les textures sont utilisés non seulement pour recréer l’époque Joseon, mais aussi pour accentuer les émotions et les dynamiques entre les personnages. Les scènes de jour dans le village de veuves sont baignées d’une lumière douce et dorée, presque poudrée, qui rappelle les comédies romantiques ou les drames mélancoliques du cinéma américain des années 60 — on pense aux films de Vincente Minnelli ou Douglas Sirk, où la mise en scène colorée était un langage émotionnel à part entière. Ce traitement visuel donne aux scènes d’intimité, d’observation, voire de malaise une poésie contenue, très cinématographique.

Le village des veuves

Les villages de veuves et les sicaires femmes tels qu’ils sont représentés dans The Tale of Nokdu relèvent en grande partie de la fiction, mais ils s’appuient sur des réalités historiques réelles ou probables, qui ont été romancées et amplifiées pour les besoins du drame.
Les villages de veuves n’existent pas dans les archives historiques de la dynastie Joseon, il n’y a aucune preuve formelle de l’existence de villages strictement réservés aux veuves, isolés du reste de la société comme celui décrit dans la série. Cependant, dans la société confucéenne très hiérarchisée de Joseon (1392–1897), les veuves étaient effectivement soumises à des normes sociales très strictes. Une veuve devait vivre dans le deuil permanent, souvent sous la tutelle de sa belle-famille, et la chasteté post-conjugale était idéalisée au point de devenir un impératif moral. Se remarier était vu comme un déshonneur pour elle et pour sa lignée, et certaines veuves choisissaient l’isolement ou la retraite du monde. Il est donc plausible que certaines communautés de femmes veuves aient pu exister, volontairement regroupées dans des zones rurales ou marginales pour vivre entre elles, mais cela ne constituait pas une institution officielle ou généralisée.

Quant aux sicaires femmes, il s’agit clairement d’une invention dramatique. Dans la société Joseon, les femmes étaient tenues à l’écart de la sphère militaire et politique. Les rôles de tueuses professionnelles ou de combattantes secrètes n’étaient ni reconnus ni valorisés dans la réalité historique, même s’il existe quelques figures féminines célèbres ayant manié les armes (notamment des femmes aristocrates lors de certaines guerres d’invasion, comme les Imjin waeran contre les Japonais à la fin du XVIe siècle). La figure de la femme assassin ou mercenaire est un pur produit de fiction, influencé par des codes narratifs contemporains et par un désir de donner un peu de vigueur aux personnages féminins dans des contextes où l’histoire les a souvent réduites au silence.

Laisser un commentaire