
« Love in the Moonlight » se déroule à l’époque de la dynastie Joseon, dans un royaume en tension, où l’équilibre du pouvoir est fragilisé par des intrigues politiques, une monarchie affaiblie, et l’éveil d’idées nouvelles qui questionnent l’ordre établi. Au cœur de ce tumulte, naît une romance improbable entre le prince héritier Lee Yeong et une jeune femme, Hong Ra-on, contrainte de se travestir en homme.
Ra-on est une roturière vive et débrouillarde, élevée par une mère adoptive et poussée très jeune à cacher son identité, déguisée en garçon. Elle gagne sa vie en écrivant des lettres d’amour à la place d’autres hommes et finit, à la suite d’un quiproquo, par être vendue comme eunuque. Là, elle croise la route de Lee Yeong, le prince héritier, jeune homme intelligent mais fantasque, qui cache sa solitude et ses blessures derrière une façade de légèreté. Attiré sans comprendre pourquoi par ce « jeune eunuque », il tisse peu à peu avec Ra-on une relation teintée d’amitié, de complicité, puis d’un amour qu’il refusera de renier, même après avoir découvert sa véritable identité. Cette romance est l’âme du récit, portée par une alchimie intense entre les deux personnages, d’autant plus forte qu’elle se heurte à tous les interdits sociaux de l’époque et sans doute encore à notre époque : statut social, genre, attentes politiques.

Mais cette histoire d’amour se déploie dans un contexte politique complexe. Le roi, père de Lee Yeong, est affaibli mentalement, hanté par les révoltes passées et la perte de sa première épouse, sans doute par empoisonnement. Il est incapable d’imposer son autorité face à la toute-puissante famille Kim, qui contrôle les hautes sphères de l’administration royale et agit comme un État dans l’État. Le Premier ministre Kim, patriarche de cette dynastie influente, impose ses décisions au roi, manipule les nominations, décide de la conduite des affaires de l’État et complote contre le prince héritier pour asseoir définitivement sa mainmise sur le trône. La cour devient un nid de conspirations, de luttes d’influence et de trahisons où même les liens familiaux sont instrumentalisés.
Dans ce climat, Lee Yeong, profondément touché par les injustices qu’il perçoit en se promenant incognito en ville, rêve d’un royaume où le roi serait au service du peuple et non des intérêts privés. Inspiré par les idées nouvelles venues de Chine ou de l’Occident — notamment celles suggérant que le pouvoir du roi pourrait émaner du peuple —, il tente de réformer le gouvernement, de promouvoir la méritocratie, de limiter les abus de la noblesse et d’améliorer le sort des petites gens. Mais ces idées progressistes sont perçues comme une menace par les clans conservateurs. Son combat pour un pouvoir plus juste se heurte à une opposition farouche et l’expose, lui et ceux qui l’entourent, à de nombreux dangers.

Autour du couple principal gravitent plusieurs personnages clés. Kim Yoon-sung, noble issu de la famille Kim, est déchiré entre son amitié pour Lee Yeong et son amour impossible pour Ra-on. Bienveillant mais enfermé dans un destin tracé par son clan, il incarne la complexité morale des personnages pris entre devoir filial et éthique personnelle. Le garde du corps du prince, Byung-yeon, ancien révolutionnaire infiltré, incarne la mémoire des révoltes passées et le poids du sang versé. Il protège Lee Yeong, mais porte en lui les cicatrices d’un royaume divisé et meurtri.

« Love in the Moonlight » séduit par son esthétique raffinée, sa bande-son efficace, et le jeu nuancé de ses acteurs, en particulier Park Bo-gum et Kim Yoo-jung. Elle mêle avec subtilité la douceur d’une romance impossible, la cruauté des complots de palais, l’émotion d’un royaume en mutation et l’espoir porté par une jeunesse décidée à rêver d’un monde meilleur. Si l’histoire s’inscrit dans une époque révolue, les thèmes qu’elle aborde résonnent avec force dans le présent : la lutte contre les inégalités, la conquête du pouvoir par l’intelligence et non par la naissance, la place des femmes dans la société, et l’idéal d’un dirigeant juste, au service de son peuple.
La romance
Les quatre premiers épisodes de Love in the Moonlight installent avec brio le ton de la série en mêlant humour, légèreté et subtilité. Ils posent les bases de l’intrigue politique, tout en mettant en avant la comédie de situation qui naît de l’identité cachée de Hong Ra-on et de ses interactions avec le prince héritier. La dualité entre Park Bo-gum, en prince capricieux mais vif, et Kim Yoo-jung, en jeune femme déguisée en eunuque, donne lieu à une série de scènes aussi pétillantes que pleines de malice. Les jeux de regard, les expressions exagérées mais maîtrisées, les quiproquos sur le genre, et les dialogues enlevés instaurent une dynamique comique pleine de fraîcheur. Ces épisodes tirent une grande partie de leur charme de cette tension joyeuse entre les deux personnages, où chacun essaie de garder le dessus tout en étant attiré par l’autre malgré lui.

Ce début de série joue avec les codes du travestissement et de la farce de cour, dans une ambiance presque théâtrale, et permet d’accrocher immédiatement le spectateur grâce à des situations cocasses : un prince qui se fait rabrouer sans savoir qu’il a affaire à une femme, une jeune fille forcée de faire semblant de ne pas ressentir ce qu’elle ressent, des scènes de jalousie naissante aussi drôles que touchantes. C’est précisément cette alternance entre éclats de rire et premiers frémissements de romance qui rend cette introduction si réussie. Elle installe le couple central dans une complicité irrésistible, avant que le récit ne bascule progressivement vers des enjeux plus graves et plus dramatiques.

Les comédiens
- Park Bo-gum interprète Lee Yeong, le prince héritier du royaume de Joseon. C’est un jeune homme intelligent, vif, au tempérament libre et audacieux, qui cache sa solitude et ses blessures derrière une façade légère et moqueuse. Sa relation avec Ra-on, qu’il croit d’abord être un eunuque, va profondément le transformer. C’est un personnage en quête de justice et de modernité, tiraillé entre son rôle politique et ses sentiments personnels. Park Bo-gum incarne ce rôle avec une sensibilité rare et une palette d’émotions très nuancée.

- Kim Yoo-jung joue Hong Ra-on, aussi connue sous son nom masculin d’emprunt, Hong Sam-nom. Travestie en garçon depuis l’enfance pour échapper à la répression politique qui pèse sur sa famille, elle entre au palais comme eunuque et se rapproche sans le vouloir du prince héritier. Kim Yoo-jung apporte à ce rôle une fraîcheur pétillante, mêlant comédie, tendresse et courage. Son personnage cristallise les thématiques du genre, de la condition des femmes, de l’identité et de la liberté.

- Jung Jin-young (membre du groupe B1A4) interprète Kim Yoon-sung, un noble issu de la famille Kim, ami d’enfance de Lee Yeong mais aussi rival amoureux. Raffiné, cultivé, blessé par son appartenance à un clan corrompu qu’il ne peut totalement renier, il développe des sentiments sincères pour Ra-on, sans jamais chercher à la posséder. C’est un personnage tragique, pris entre loyauté familiale et éthique personnelle.

- Kwak Dong-yeon joue Kim Byung-yeon, le fidèle garde du corps de Lee Yeong. Silencieux, discipliné, mais profondément humain, il incarne la loyauté dans toute sa complexité. Ancien membre d’un mouvement révolutionnaire clandestin, il cache un passé douloureux. Son geste de trahison apparente, lorsqu’il menace le prince pour sauver Ra-on, montre sa noblesse d’âme et la grandeur de ses convictions.
- Chae Soo-bin interprète Jo Ha-yeon, noble promise en mariage au prince héritier, choisie par les clans pour renforcer leur pouvoir sur la couronne. Son personnage est digne, intelligent, et profondément conscient du rôle qu’on attend d’elle. Si elle apparaît d’abord comme une rivale, elle refuse de s’imposer de force dans le cœur du prince, et sa droiture la rend touchante.
- Kim Seung-soo joue le roi, père de Lee Yeong. Monarque affaibli, hanté par les erreurs du passé, incapable de contrer la domination des fonctionnaires du clan Kim, il oscille entre lucidité et résignation. Son rôle est essentiel pour comprendre le poids des événements tragiques qui pèsent sur son fils et la monarchie.
- Jeon Mi-seon incarne la mère de Ra-on, femme forte qui a dû fuir pour protéger sa fille et qui incarne à elle seule le poids de l’histoire, des trahisons politiques et du sacrifice maternel.
- Kim Yeo-jin joue la Reine douairière, figure d’autorité conservatrice au sein du palais, alliée du clan Kim. Elle incarne la résistance au changement, l’ordre ancien et les intrigues de pouvoir.




Basé sur « Moonlight drawn by clouds » de Yoon Yi-soo (histoire) et Kim Hee-kyung (illustrations)
Développé par la production dramatique de KBS
Écrit par Kim Min-jung & Im Ye-jin
Réalisé par Kim Seong-yoon & Baek Sang-hoon
Directeurs de création : Kang Su Yeon, Lee Seo-jaejun & Oh Hyo-jung
Compositeur du thème : Gaemi
Producteurs exécutifs : Kang Byung-taek & Lee Jae-gil
Producteur Yoon Jae-hyuk
Cinématographie : Kim Si-hyung & Lee Min-ung
Monteur : Lee Dong-hyun
Sociétés de production : KBS Media, Love in the moonlight & SPC
Quelques scènes marquantes de la série
Une scène particulièrement marquante de Love in the Moonlight est celle du sacrifice de Kim Byung-yeon, personnage taciturne et loyal, dont la fidélité silencieuse prend soudain une dimension bouleversante. Lorsqu’il se retrouve confronté à un dilemme insoutenable — obéir à son prince ou protéger Ra-on, dont il connaît le secret et la vulnérabilité — il choisit de braquer son sabre contre Lee Yeong lui-même, dans un geste à la fois symbolique et désespéré. Ce moment suspendu, où Byung-yeon menace le prince héritier, bouleverse les rapports de force établis. Ce n’est plus un garde du corps face à son maître, mais un homme prêt à trahir tout ce qu’il représente pour sauver une innocente.
Cette scène est d’autant plus forte qu’elle ne repose sur aucune parole superflue. Tout passe par les regards, la tension des corps, le choc que ressent Lee Yeong devant cette trahison apparente, et la douleur silencieuse de Byung-yeon. Ce dernier ne trahit pas vraiment : il agit par fidélité profonde, non à l’institution, mais à l’humain, à la justice. À travers ce geste, il révèle la complexité de sa loyauté et la force des liens invisibles tissés entre les personnages.
Ce moment marque un tournant dans la série. Il fait voler en éclats l’ordre hiérarchique traditionnel, et oblige chacun à reconsidérer sa place, ses devoirs et ses sentiments. Pour Lee Yeong, c’est une blessure mais aussi une prise de conscience : le pouvoir ne peut s’imposer que s’il est guidé par la compassion. Pour Ra-on, c’est la preuve qu’elle n’est plus seule, mais c’est aussi un rappel que le prince héritier n’a pas tous les pouvoirs et que sa fonction peut-être difficile.

Autre scène émouvante, celle des retrouvailles entre Ra-on et sa mère. Après des années de séparation, marquées par la peur, la dissimulation et le poids d’un passé politique douloureux, cette rencontre vient briser le silence du destin. Ra-on, qui a grandi en dissimulant son identité, persuadée que sa mère était peut-être morte ou qu’elle ne pourrait jamais la retrouver, se retrouve soudain face à cette figure aimée, qu’elle croyait à jamais perdue.
La scène est construite tout en retenue, simplement le choc de la reconnaissance, les larmes contenues, le souffle coupé, et une étreinte qui dit tout. C’est une scène qui parle à la mémoire du corps autant qu’à celle du cœur, où les gestes remplacent les mots. Pour Ra-on, c’est comme si son enfance, son passé, et son droit à exister pleinement, reprenaient enfin forme. Pour sa mère, c’est le soulagement d’avoir gardé sa promesse en silence, d’avoir souffert pour la protéger, et de la voir en vie, forte, aimée, mais en danger.

Au-delà de l’émotion pure, cette scène incarne aussi un des thèmes profonds de la série : la violence du destin imposé aux femmes, souvent réduites au silence, contraintes de fuir ou de se sacrifier pour protéger leurs enfants. La mère de Ra-on n’est pas seulement une figure maternelle, elle est aussi une survivante d’un passé politique écrasé par la répression. Leur séparation n’est pas le fruit d’un simple malheur, mais d’une société où l’injustice et les luttes de pouvoir brisent les liens les plus sacrés.
Les retrouvailles des deux femmes ne sont pas qu’un moment de bonheur intime, elles redonnent à Ra-on ses racines, son histoire, et une légitimité qu’elle n’avait jamais pu revendiquer. C’est un des tournants émotionnels les plus puissants de la série, et un rappel discret mais fort que l’amour familial, même brisé par le temps et l’exil, reste une force capable de réparer les âmes.


Parmi les nombreuses scènes marquantes de Love in the Moonlight, celle qui a profondément touché et marqué les téléspectateurs est la scène de la danse des lucioles, aussi connue sous le nom de « Crown Prince’s Confession under the Moonlight ». C’est une séquence emblématique de la série, tant sur le plan visuel qu’émotionnel, et elle est souvent citée comme l’un des moments les plus romantiques du drama coréen de ces dernières années.
Dans cette scène, Lee Yeong, désormais conscient des sentiments qu’il éprouve pour Hong Ra-on — et de son identité réelle — organise une rencontre nocturne dans les jardins du palais, éclairés par la lueur douce des lanternes et peuplés de lucioles. Il y attend Ra-on, vêtu de son costume princier, prêt à faire abstraction des conventions, des rangs sociaux, du genre, et des conséquences politiques. Lorsqu’elle le rejoint, il la regarde dans les yeux et lui dit qu’il souhaite qu’elle reste à ses côtés non comme eunuque, mais en tant que personne qu’il aime. La scène se termine sur une étreinte douce, sous la lumière de la lune, entourés d’insectes lumineux, presque irréels, comme si la nature elle-même venait bénir cette union interdite.

Les téléspectateurs ont été profondément émus par cette scène, car elle allie romantisme pur et révolte douce contre l’ordre établi. Elle symbolise l’essence même du drama : une histoire d’amour qui, au cœur des contraintes les plus dures, continue de briller avec grâce et tendresse. Ce moment a aussi été salué pour la performance des deux acteurs, Park Bo-gum et Kim Yoo-jung, dont la complicité et l’émotion à l’écran sont palpables.
Un grand succès
Love in the Moonlight a été un immense succès critique et populaire lors de sa diffusion en 2016. La série a captivé les téléspectateurs dès ses premiers épisodes grâce à son mélange habile de romance, de comédie, d’intrigue politique et de raffinement visuel. Portée par le charisme de Park Bo-gum et la fraîcheur de Kim Yoo-jung, elle a su séduire un très large public, touchant à la fois les amateurs de saguks traditionnels et les fans de dramas plus légers. Son taux d’audience a rapidement grimpé, atteignant plus de 23 % au niveau national, ce qui est exceptionnel pour une série diffusée en semaine sur la chaîne publique KBS2.
La critique a salué la mise en scène élégante, la direction artistique soignée, le rythme bien maîtrisé, ainsi que la performance des acteurs principaux. Park Bo-gum a été particulièrement encensé pour son interprétation du prince Lee Yeong, subtil mélange de gravité et de charme espiègle, tandis que Kim Yoo-jung a impressionné par sa maturité et sa capacité à incarner une héroïne à la fois drôle, émotive et courageuse.

La série a également reçu de nombreux prix et distinctions. Aux KBS Drama Awards 2016, elle a remporté plusieurs trophées majeurs, dont celui du meilleur acteur pour Park Bo-gum, celui de la meilleure actrice pour Kim Yoo-jung dans la catégorie drama moyen format, ainsi que le prix du meilleur nouveau talent masculin pour Jung Jin-young. Le couple principal a également reçu le prix du meilleur couple et le prix du public (Netizen Award), confirmant leur popularité. Aux Seoul International Drama Awards, Love in the Moonlight a remporté les prix de la meilleure série de hallyu (K-drama exporté) et du meilleur acteur dans cette même catégorie pour Park Bo-gum. La série a également été sacrée meilleure série dramatique aux Asian Television Awards 2017. Aux Baeksang Arts Awards 2017, bien qu’elle n’ait pas remporté de prix dans les catégories principales, elle a tout de même vu ses deux acteurs principaux honorés du prix de la popularité, preuve de l’impact qu’ils ont eu sur le public.

Au-delà de ces récompenses, la série a eu un retentissement culturel important en Corée du Sud. On a parlé d’un véritable « syndrome Moonlight », avec une montée fulgurante des recherches en ligne, des ventes de produits dérivés, une explosion de la popularité des costumes et décors traditionnels, et un regain d’intérêt pour les histoires de cour et les romances historiques. En somme, Love in the Moonlight a non seulement conquis le cœur du public, mais a aussi marqué durablement la scène télévisuelle coréenne par sa fraîcheur, son esthétique et l’émotion sincère qu’elle dégage.

Une parenté avec les grandes tragédies classiques
Love in the Moonlight partage certains éléments fondamentaux avec les grandes tragédies classiques comme Le Cid de Corneille. Ce parallèle est particulièrement perceptible dans la manière dont l’amour et le devoir s’affrontent au cœur de l’intrigue, et dans le poids du rang, de l’honneur familial et des rapports de pouvoir sur les choix individuels.
Dans Le Cid, Rodrigue et Chimène s’aiment profondément, mais se retrouvent déchirés par une obligation morale supérieure : Rodrigue doit venger l’honneur de son père en tuant celui de Chimène, ce qui rend leur amour impossible. Cette tension entre passion intime et fidélité à des valeurs héritées — loyauté, devoir filial, honneur social — est au cœur de la tragédie classique.
Dans Love in the Moonlight, le prince héritier Lee Yeong et Hong Ra-on vivent eux aussi un amour entravé par les conventions : Ra-on est née d’un clan opposé à la monarchie, recherchée en tant que fille d’un traître ; elle est de condition inférieure, roturière et femme, dans une société hiérarchisée et profondément patriarcale. De son côté, Lee Yeong est l’héritier du trône, enchaîné par des attentes politiques, un mariage arrangé, et une lignée qu’il doit protéger au prix de ses sentiments personnels.

Comme dans Le Cid, le couple se retrouve confronté à des choix impossibles. Aimer l’autre, c’est trahir son nom, sa fonction, voire sa sécurité. Ne pas l’aimer, c’est renier ce qui le rend humain. Les deux œuvres explorent donc la même tragédie du choix entre amour et responsabilité, entre désir et devoir. Le moment où Lee Yeong doit se détourner de Ra-on par raison d’État, ou celui où elle-même choisit de fuir pour ne pas compromettre sa position, sont des échos modernes des dilemmes cornéliens. Même la scène où Byung-yeon braque son sabre sur son prince pour protéger Ra-on rappelle ces situations où l’honneur et la loyauté entrent en collision violente.
Mais contrairement au Cid, qui se termine sur une forme de résignation noble dans l’attente d’un avenir incertain, Love in the Moonlight se donne le droit d’imaginer une issue plus lumineuse. Si la tension tragique traverse l’œuvre, elle ne la condamne pas nécessairement à la fatalité. La série emprunte aux tragédies classiques leur structure dramatique, mais l’assouplit grâce à une sensibilité propre à la fiction coréenne contemporaine, où la quête de justice et l’amour sincère finissent parfois par triompher, même au prix de grandes douleurs.

Love in the Moonlight s’inscrit dans la tradition des récits tragiques où l’amour est mis à l’épreuve par les lois de la société, mais y ajoute une touche d’espérance, une volonté de réconciliation entre les aspirations du cœur et les contraintes du monde.
Qui étaient les Eunuques ?
À l’époque de la dynastie Joseon (1392–1897), les eunuques jouaient un rôle central et paradoxal dans la structure du pouvoir royal. Bien qu’ils soient socialement marginalisés du fait de leur castration, ils occupaient des fonctions stratégiques à l’intérieur du palais, souvent au plus près du roi, de la reine et des concubines. Leur présence répondait à la fois à des préoccupations pratiques, politiques et morales dans le cadre très hiérarchisé et confucéen de la société joseonienne.

Les eunuques formaient une catégorie de serviteurs du palais, entièrement dévoués à la maison royale. On les trouvait principalement dans deux contextes : dans les quartiers des femmes royales (la reine, les concubines, les princesses) où aucun homme intact n’était autorisé à pénétrer, et au service direct du roi, comme messagers, scribes, intendants, ou gardiens de secrets. Leurs tâches allaient du plus humble (comme entretenir les lampes ou servir à table) à des rôles bien plus délicats, comme transmettre des ordres confidentiels ou superviser des documents personnels.
Le recours à des eunuques reposait d’abord sur une logique de protection du harem royal. Le roi étant le seul homme autorisé à avoir des relations sexuelles avec ses concubines et épouses, il fallait éviter toute possibilité d’infidélité, réelle ou supposée. La présence de serviteurs mâles castrés dans ces espaces très protégés permettait à la fois de garantir la chasteté des femmes royales et d’assurer la surveillance étroite de leurs mouvements.
Mais les eunuques avaient aussi un rôle politique. Proches du roi, ils pouvaient devenir des figures influentes, parfois plus encore que les ministres, car ils accédaient à l’intimité du pouvoir. Certains eunuques, bien qu’interdits de se mêler directement aux affaires d’État, parvenaient à tisser des alliances, à interférer dans les nominations ou à manipuler l’accès au souverain. C’est pourquoi leur statut était ambivalent : à la fois méprisés par les lettrés confucéens, qui les considéraient comme déviants, et redoutés pour leur pouvoir d’influence.
Il faut aussi rappeler que la castration, bien qu’extrêmement douloureuse et socialement stigmatisante, était parfois un choix de survie. Certains hommes issus des classes les plus pauvres, ou enfants vendus par des familles ruinées, devenaient eunuques pour avoir un avenir dans la structure du palais, avec un salaire fixe, un statut particulier, et parfois même un accès indirect à l’éducation ou aux arts.

Dans Love in the Moonlight, le travestissement de Ra-on en eunuque joue donc à plusieurs niveaux : il permet au personnage féminin d’accéder à un monde interdit aux femmes, tout en révélant l’étroitesse de la structure sociale confucéenne qui repose sur des barrières de genre rigides. Sa présence parmi les eunuques, et les soupçons que cela suscite, souligne aussi combien ce système, censé garantir la pureté morale et l’ordre, est vulnérable à la dissimulation et à l’hypocrisie.
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