★★★★ Une comédie romantique au cœur des pommes de terre, The Potato Lab, 감자연구소

Voilà un titre qui interroge avant de commencer à regarder la série, dans quel univers allons nous rentrer… Et bien c’est un bel univers, très pomme de terre, mais très agréable à regarder.
The Potato Lab raconte l’histoire de Kim Mi-kyung, une chercheuse passionnée par les pommes de terre, qui travaille depuis plusieurs années dans un laboratoire isolé en pleine campagne. Sa vie simple, dédiée à ses recherches et aux liens solides qu’elle entretient avec ses collègues, est brutalement bouleversée par l’arrivée de So Baek-ho, un directeur envoyé par la nouvelle société mère, basée à Séoul, avec pour mission de restructurer l’institut. Froid, méthodique, élevé dans l’univers de la haute société et des grandes entreprises, So Baek-ho ne comprend ni l’attachement sentimental des employés à leur travail ni leur mode de vie rural.

La série développe une forte opposition entre la capitale moderne et compétitive, représentée par So Baek-ho et ses supérieurs, et la campagne, espace de solidarité, d’humilité et de persévérance, incarné par Mi-kyung et son équipe. Le choc culturel et professionnel entre ces deux univers alimente les tensions dès les premiers épisodes. Mais peu à peu, derrière les confrontations répétées, se dessine une comédie romantique inattendue entre Mi-kyung et Baek-ho. Leur relation évolue lentement, chaque personnage devant remettre en question ses certitudes et ses priorités.

Dans le même temps, The Potato Lab aborde des thématiques sociales importantes. Le rachat de l’institut donne lieu à une vague de licenciements, montrant comment les décisions stratégiques prises à distance par des actionnaires et des dirigeants peuvent détruire des vies professionnelles et personnelles sans réelle considération humaine. La série décrit avec justesse la dureté des cadres supérieurs, peu concernés par les réalités de terrain, face aux employés corvéables et sans protection. À travers les luttes des chercheurs pour sauver leur institut ou pour conserver leur emploi, la série souligne l’injustice d’un système où la rentabilité prime sur la passion et le travail bien fait.
Les relations sentimentales jouent également un rôle important dans l’évolution de l’intrigue. Non seulement elles influencent les comportements et les décisions des protagonistes, mais elles révèlent aussi la manière dont, dans les milieux d’affaires, les sentiments sont souvent mis au service d’intérêts matériels. Le passé amoureux de Kim Mi-kyung avec Park Ki-se, aujourd’hui cadre haut placé dans la société mère, illustre le poids des mariages de pouvoir, où l’amour est souvent sacrifié sur l’autel de l’ambition sociale. La relation naissante entre Mi-kyung et Baek-ho, au contraire, repose sur la découverte mutuelle, la remise en cause de soi, et sur une forme d’authenticité difficile à préserver dans un contexte dominé par les calculs stratégiques.

Les comédiens

  • Lee Sun-bin : Kim Mi-kyung, chercheuse passionnée par les pommes de terre.
  • Kang Tae-oh : So Baek-ho, directeur rigide envoyé par la société mère.
  • Lee Hak-joo : Park Ki-se, ex-petit ami de Mi-kyung et cadre chez Wonhan Retail.
  • Kim Ga-eun : Lee Ong-ju, meilleure amie extravertie de Mi-kyung.
  • Shin Hyun-seung : Kim Hwan-gyeong, frère cadet de Mi-kyung.
  • Woo Jung-won : Joo Seung-hee, membre du personnel du laboratoire.
  • Jung Shin-hye : Yoon Hee-jin, ex-femme de Park Ki-se.
  • Yoo Seung-mok : Boo Jae-joong, chercheur senior au laboratoire.
  • Kwak Ja-hyung : Go Jeong-hae, manager autoproclamé hipster.
  • Nam Hyun-woo : Kwon Hee-dong, nouvel employé enthousiaste du laboratoire.
  • Kim Ji-ah : Jang Seul-gi, membre du personnel du laboratoire.
  • Yoon Jeong-seop : Lee Chung-hyun, membre du personnel du laboratoire.

Réalisateur : Kang Il-soo
Scénariste : Kim Ho-soo
Compositeur : Park Se-joon
Producteur : Kim Ho-jun
Société de production : CJ ENM Studios & Chorokbaem Media

Une comédie pleine d’humour

L’humour occupe une place centrale dans The Potato Lab et constitue l’un des éléments les plus marquants de la série. Loin d’être un simple ornement, il structure les interactions, détend les tensions dramatiques et crée un lien affectif fort entre les personnages – et avec le public. On retrouve ici un humour typiquement coréen, mêlant mimiques expressives, réactions physiques exagérées, quiproquos, situations absurdes et gags de répétition. Les tressautements de joie incontrôlés, les grimaces au moment des décisions importantes, ou encore les beuveries improvisées qui tournent à la confession collective ajoutent une légèreté bienvenue, même dans les moments les plus incertains pour les protagonistes. Ces scènes d’ivresse, récurrentes dans la série, permettent à plusieurs personnages de se libérer de leurs inhibitions, de dire tout haut ce qu’ils taisent à jeun, et d’avancer dans leur relation. Ces moments sont souvent hilarants, mais ils ont aussi une vraie fonction narrative.

Cet humour ne repose pas uniquement sur les deux personnages principaux. Il est largement porté et enrichi par les seconds rôles, notamment les figures locales du village où se trouve le laboratoire. Ces personnages du cru, profondément ancrés dans leur territoire, apportent beaucoup de fraîcheur à la série. Le maire, les vieilles mamas, les petits commerçants et les agriculteurs forment une galerie d’originaux bienveillants, jamais ridicules, toujours justes, qui offrent un contrepoint savoureux à la rigidité du monde de l’entreprise représenté par les cadres venus de Séoul.

Parmi les scènes emblématiques, on retient notamment l’épisode où trois habitants bloquent la route d’accès au laboratoire sous prétexte que celle-ci traverse le terrain de l’un d’eux, provoquant une pagaille burlesque entre engueulades, tentatives de passage, tractations et négociations autour d’un bol de nouilles.
Dans un autre épisode, toute la communauté se mobilise pour retrouver un veau disparu, mêlant enquête de terrain, soupçons absurdes et envolées comiques – avec en prime une soirée improvisée qui dégénère en karaoké rural.
Les commérages bienveillants des mamies du village autour du jeune couple central forment un fil rouge tout au long de la série, entre moqueries complices et encouragements à peine déguisés. Elles observent, commentent, interprètent chaque geste de Mi-kyung et Baek-ho, parfois avec une sagesse désarmante, parfois avec une mauvaise foi totalement assumée.

Ces seconds rôles ne sont pas que des ressorts comiques. Ils jouent aussi un rôle affectif crucial : ils offrent écoute, soutien, conseils maladroits mais sincères. Le maire et ses amis, par exemple, prennent le couple sous leur aile, leur prodiguant une affection discrète, devenant tour à tour confidents, médiateurs ou simples témoins attendris de leurs hésitations. Leur présence permet au récit d’explorer des émotions plus profondes sans jamais verser dans le pathos, en gardant toujours ce ton léger et chaleureux qui caractérise l’ensemble de la série.

L’humour dans The Potato Lab est à la fois créateur d’émotion, un outil de critique sociale douce, et un moteur narratif. Il donne à la série une identité forte et attachante, tout en mettant en valeur les liens humains, la solidarité rurale et l’absurde du quotidien. C’est cette combinaison réussie entre drôlerie et tendresse qui fait toute la saveur de la série et la rend extrèmement agréable à regarder.

So Baek-ho

So Baek-ho est un personnage dont la trajectoire repose sur un contraste fort entre apparence et évolution intérieure. Lorsqu’il arrive au laboratoire en pleine campagne, il incarne tout ce que les villageois et les chercheurs redoutent : un cadre froid, rigide, méthodique, habillé impeccablement, obsédé par les chiffres, la performance et les délais. Il est l’homme du système, du contrôle, des décisions tranchées. Pour lui, l’affect n’a pas sa place dans le travail, et l’efficacité prime sur les liens humains. Au départ, il ne comprend ni l’attachement passionné des employés à leur métier, ni leur mode de fonctionnement désordonné, ni l’atmosphère chaleureuse – et bruyante – du village.

Ce personnage est volontairement peu sympathique dans les premiers épisodes : il parle peu, sourit encore moins, interrompt les autres, impose des choix sans ménagement, et semble constamment mal à l’aise dans cet univers rustique qu’il juge inefficace. Pourtant, très rapidement, la série donne à voir les failles derrière cette façade austère. So Baek-ho n’est pas mauvais, mais un homme enfermé dans un cadre qu’il n’a jamais remis en question. Son comportement rigide est moins le signe d’un mépris que d’un profond décalage avec un monde qu’il ne connaît pas. Et c’est ce monde, celui du laboratoire, de la campagne, de la vie simple, qui va peu à peu fissurer ses certitudes.

Sa rencontre avec Kim Mi-kyung est le déclencheur de ce changement. Leurs disputes sont d’abord frontales, souvent drôles, parfois cruelles. Mais sous ces confrontations se cache une curiosité mutuelle. Baek-ho découvre qu’il existe une autre manière de diriger, une autre manière d’exister aussi : moins obsédée par l’image, plus tournée vers les autres. Ce processus est long, semé de maladresses, de blocages émotionnels et de moments de recul. La série montre bien la difficulté qu’il a à exprimer ses émotions, à reconnaître ses erreurs, à sortir du rôle de décideur. C’est ce cheminement, lent mais sincère, qui rend son évolution crédible et touchante.

Un autre aspect marquant de So Baek-ho, c’est sa capacité à se laisser progressivement contaminer par l’humour environnant. Lui qui, au début, ne rit jamais et semble incapable de comprendre les codes locaux, finit par se laisser emporter dans les scènes de beuverie, de repas bruyants, de discussions absurdes. Ces moments ne sont pas seulement comiques : ils marquent sa transformation. Il apprend à lâcher prise, à écouter, à admettre qu’il n’a pas toujours raison – et que la vie ne se résume pas à un tableau Excel.

Sa relation avec Mi-kyung évolue donc de manière parallèle à sa transformation personnelle. Ce n’est pas une romance instantanée, mais une construction progressive, faite de regards, de gestes retenus, d’erreurs réparées. Il tombe amoureux d’un mode de vie autant que d’une personne. Et inversement, c’est parce qu’il accepte de sortir de son rôle de cadre qu’il peut aimer, et être aimé.

Mi-kyung

Kim Mi-kyung est un personnage profondément humain, construit avec subtilité et nuance. Chercheuse de terrain, spécialisée dans la pomme de terre est méthodique, patiente et investie, mais jamais rigide. Elle n’a rien de l’archétype de la chercheuse froide ou distante : au contraire, elle est chaleureuse, bienveillante, ancrée dans la réalité concrète de son laboratoire rural et dans les liens humains qui s’y tissent.
Elle valorise la cohérence entre ses convictions et ses actes, ce qui la rend immédiatement crédible et respectable. Elle est aussi dotée d’un fort sens des responsabilités, ce qui la pousse à s’opposer frontalement à So Baek-ho à son arrivée, dès lors qu’il menace la stabilité de son monde.

Mi-kyung est aussi marquée par une certaine retenue émotionnelle. Si elle sait défendre ses idées avec fermeté, elle reste prudente lorsqu’il s’agit d’exposer ses sentiments personnels. Cela s’explique en partie par un passé sentimental douloureux – sa relation passée avec Park Ki-se, homme ambitieux devenu dirigeant, a laissé des traces. Elle a tiré de cette expérience une certaine méfiance envers les gens de pouvoir, et surtout une réticence à accorder sa confiance facilement. Son caractère est donc un mélange d’ouverture professionnelle et de prudence affective.

Elle n’est pas exempte de contradictions : parfois impulsive dans ses jugements, parfois cassante dans ses refus, elle peut se fermer rapidement lorsqu’elle se sent trahie ou ignorée. Mais c’est aussi ce qui la rend attachante : elle agit avec passion, même si cela lui coûte. Elle n’est pas une figure sacrificielle ou idéalisée, mais une femme réaliste, parfois désabusée, souvent ironique, qui tente malgré tout de garder la tête haute.
L’évolution de son personnage est discrète mais profonde. Confrontée à So Baek-ho, elle découvre peu à peu que sa vision du monde est plus souple qu’elle ne le pensait. Elle apprend à faire de la place à l’autre, même quand cet autre incarne ce qu’elle a toujours fui. Et c’est précisément parce qu’elle doute, parce qu’elle hésite, qu’elle se montre humaine, et que le spectateur s’attache à elle. Sa capacité à écouter, à accueillir les silences, à soutenir les autres tout en restant lucide, fait d’elle une figure de référence au sein du laboratoire – et le cœur battant de la série.

Pas d’histoire d’amour au travail

Ce point revient régulièrement dans les k-dramas, car il reflète une réalité culturelle et professionnelle bien ancrée en Corée du Sud. Dans de nombreuses entreprises coréennes, les relations amoureuses entre collègues – surtout quand elles concernent des personnes de niveaux hiérarchiques différents – sont considérées comme problématiques, voire taboues.

La culture d’entreprise coréenne valorise la rigueur, la discrétion et la loyauté au groupe avant tout. Une relation amoureuse est perçue comme un facteur de distraction, voire de favoritisme potentiel, surtout si l’un des deux est en position de pouvoir. Cela peut nuire à la dynamique de l’équipe et créer des tensions ou soupçons d’injustice. Certaines entreprises vont même jusqu’à interdire explicitement les relations entre collègues dans leur règlement intérieur, ou à demander leur déclaration formelle.

Le poids du regard social est également très fort. Être en couple au travail peut exposer à des jugements, des rumeurs, voire à une pression informelle à dissimuler la relation. C’est pourquoi de nombreux couples dans les séries – comme dans The Potato Lab – cachent leur amour ou hésitent à s’engager ouvertement. Cela ajoute une tension dramatique, mais aussi un reflet crédible de la réalité coréenne.

Enfin, il faut noter que dans un pays où les grandes entreprises fonctionnent souvent comme des mini-sociétés très hiérarchisées, les choix privés, notamment amoureux, sont fréquemment perçus comme ayant des implications professionnelles. La frontière entre vie privée et vie professionnelle est mince, surtout dans les entreprises qui attendent une forte implication personnelle de leurs employés, y compris en dehors des horaires de travail.

C’est pourquoi, dans The Potato Lab comme dans d’autres séries (par exemple What’s Wrong with Secretary Kim?, Forecasting Love and Weather, ou My Secret Romance), les romances de bureau sont souvent teintées de secret, de conflit de loyauté, de peur d’être découvert ou même de réprimandes officielles. Mais elles sont aussi un terrain fertile pour explorer les tensions entre les aspirations personnelles et les contraintes sociales.

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