★★★★ Vincenzo, antihéros coréen qui défie Babel, 빈센조

La série coréenne Vincenzo raconte l’histoire de Vincenzo Cassano, un avocat aux origines coréennes, adopté dès l’enfance par une puissante famille mafieuse italienne au sein de laquelle il s’est construit une redoutable réputation. Contraint par les circonstances à revenir en Corée du Sud, Vincenzo entre rapidement en conflit avec Babel, un conglomérat sans scrupules qui symbolise la corruption et l’oppression des puissants sur les plus faibles. Derrière une apparence de thriller sombre, la série déploie en réalité un univers plein d’humour noir et de personnages à la morale ambivalente, revisitant le genre des films de « méchants à la coréenne » où la distinction entre héros et criminels s’efface au profit d’un récit jubilatoire et cynique.

Vincenzo lui-même, fascinant antihéros, incarne avec finesse ce paradoxe moral, mêlant violence, pragmatisme criminel et sens aigu de la justice. À l’image d’un Robin des bois moderne, il utilise ses compétences mafieuses pour défendre les plus faibles, n’hésitant jamais à franchir les limites légales ou morales. En cela, le personnage possède aussi quelque chose de l’inspecteur Harry, ce justicier solitaire et sans concessions, décidé à imposer sa propre justice par tous les moyens nécessaires, même extrêmes.

Un autre charme notable de la série vient de ses personnages secondaires, notamment les habitants de l’immeuble Geumga Plaza, cible de Babel. D’abord apeurés, lâches ou simplement excentriques, ces individus ordinaires deviennent, grâce à Vincenzo, une troupe solidaire et déterminée, formant une communauté improbable mais soudée face à un ennemi commun. Cette évolution rappelle nettement l’esprit du western classique Les 7 Mercenaires, où des citoyens vulnérables mais attachants s’unissent pour résister à une menace implacable. Même le petit caïd local, d’abord adversaire pathétique, finit par se joindre à leur combat, ajoutant ainsi une touche burlesque et touchante à la résistance populaire.

La lutte entre puissants et citoyens ordinaires est au cœur de l’histoire, exposant avec ironie les injustices sociales et économiques que subissent les plus modestes. Cette guerre féroce est portée par un antagoniste exceptionnel, le brillant et terrifiant Jang Han-seok, véritable méchant d’anthologie qui rend chaque confrontation palpitante et imprévisible. Sa rivalité avec Vincenzo, intense et machiavélique, structure le récit autour d’un jeu du chat et de la souris haletant.

Enfin, une intrigue romantique subtile vient apporter une nuance d’humanité à cette galerie explosive, grâce à la relation discrète mais complice entre Vincenzo et l’avocate audacieuse Hong Cha-young, évitant habilement tout excès mélodramatique.

Les comédiens

  • Song Joong-ki (Vincenzo Cassano / Park Joo-hyung)
  • Jeon Yeo-been (Hong Cha-young)

Les habitants du Geumga Plaza

  • Yoon Byung-hee (Nam Joo-sung, assistant juridique)
  • Choi Young-joon (Cho Young-woon, gérant du restaurant italien)
  • Yang Kyung-won (Lee Cheol-wook, prêteur sur gage)
  • Seo Ye-hwa (Jang Yeon-jin, épouse du prêteur sur gage)
  • Lee Hang-na (Kwak Hee-soo, propriétaire du snack)
  • Kim Hyung-mook (Toto, gérant du pressing, ancien voyou)
  • Kim Seol-jin (Larry Kang, professeur de danse)
  • Kim Yoon-hye (Seo Mi-ri, professeure de piano/hacker)
  • Ri Woo-jin (Jeokha, moine bouddhiste)
  • Kwon Seung-woo (Chaeshin, moine bouddhiste)
  • Kang Chae-min (Kim Young-ho, fils du propriétaire du snack)
  • Im Chul-soo (Ahn Gi-seok, agent secret infiltré)

Babel

  • Ok Taecyeon (Jang Han-seok / Jang Joon-woo, grand patron de Babel, principal antagoniste)
  • Kwak Dong-yeon (Jang Han-seo, demi-frère de Jang Han-seok, président de façade de Babel)
  • Kim Yeo-jin (Choi Myung-hee, avocate redoutable et sans scrupules de Babel)
  • Jo Han-chul (Han Seung-hyuk, directeur ambitieux du cabinet Wusang, collaborateur de Babel)

Autres personnages importants

  • Yoo Jae-myung (Hong Yu-chan, père de Hong Cha-young et avocat engagé)
  • Yoon Bok-in (Oh Kyung-ja, mère biologique de Vincenzo)
  • Kim Young-woong (Park Seok-do, le petit caïd local qui finit par rejoindre Vincenzo)
  • Jeon Jin-oh (Lee Cheol-jin, assistant personnel et fidèle collaborateur de Vincenzo)

Développé par Studio Dragon
Scénario : Park Jae-beom
Réalisation : Kim Hee-won
Musique : Park Se-joon
Production exécutive : Cho Moon-joo
Producteurs : Lee Jang-soo, Jang Sai-jung, Ham Seung-hoon et Cho Soo-young
Production : Logos Film

Les arcs scénaristiques de la série

La série Vincenzo est construite autour de plusieurs arcs scénaristiques imbriqués, qui s’entremêlent tout au long des épisodes.
L’un des premiers arcs majeurs concerne la confrontation directe entre Vincenzo Cassano et le conglomérat Babel, symbole absolu de la corruption systémique et du pouvoir illimité des riches sur les plus faibles. Cette lutte acharnée, aux multiples rebondissements, se manifeste notamment à travers les procès truqués, les affaires étouffées par l’argent et l’influence, et la manipulation médiatique organisée par Babel. L’ exemple le plus frappant se trouve dans les actions machiavéliques orchestrées par Jang Han-seok, qui va jusqu’à assassiner des témoins gênants ou corrompre les autorités judiciaires pour étouffer les scandales liés à la firme. Certaines séquences au tribunal sont particulièrement amusantes mais aussi acides, tant l’un des juges est corrompu. Ne pas manquer non plus la séquence avec les frelons.

Un autre arc important tourne autour de l’évolution des habitants du Geumga Plaza, menacés d’expulsion par Babel. Initialement apeurés, maladroits, ou même absurdes (le faux cuisinier italien, la hackeuse pianiste, le répétiteur de zombies), ils se transforment peu à peu sous l’influence directe ou indirecte de Vincenzo. Leur combat, d’abord désordonné et hésitant, devient progressivement organisé, courageux et efficace, comme lorsqu’ils parviennent à repousser plusieurs tentatives d’expulsion violente menées par les sbires de Babel. Leur solidarité grandissante culmine notamment lors de l’attaque directe du bâtiment par des mercenaires, scène où chaque résident révèle une facette insoupçonnée de bravoure et d’esprit de résistance, soulignant l’évolution remarquable de ces personnages secondaires. Un grand bravo au teinturier, maître dans l’utilisation des ciseaux.

La relation complexe entre Vincenzo Cassano et Jang Han-seok constitue un autre axe majeur de la série. Cet affrontement est autant psychologique que physique, Jang Han-seok étant un méchant XXL avec une grande intelligence. Vincenzo et Han-seok se livrent une véritable partie d’échecs, chaque coup étant calculé avec soin, entraînant pièges, contre-pièges et trahisons multiples. Un moment particulièrement représentatif est la révélation de l’identité secrète de Jang Han-seok, initialement présenté comme le naïf stagiaire Joon-woo, dont le changement soudain en redoutable antagoniste bouleverse totalement la dynamique de l’histoire.

La série explore aussi un arc subtil mais important : le cheminement moral et personnel de Vincenzo lui-même. De mafieux froid et distant, utilisant sans scrupules ses méthodes criminelles héritées de son passé en Italie, il évolue progressivement vers une figure de protecteur des faibles, utilisant ses compétences violentes à des fins justicières. Par exemple, lorsqu’il décide de protéger les habitants du Geumga Plaza plutôt que de poursuivre exclusivement son objectif initial (récupérer l’or caché sous le bâtiment), Vincenzo dévoile une facette profondément humaine derrière son masque impitoyable. Cet arc moral est brillamment résumé dans les moments où il hésite brièvement à franchir certaines limites, tout en réalisant que seule une justice impitoyable peut contrer l’impunité des puissants.

Un autre arc scénaristique, plus discret mais omniprésent, concerne la romance naissante entre Vincenzo et Hong Cha-young, partenaire professionnelle devenue alliée précieuse. Leur complicité s’exprime à travers des échanges teintés d’ironie, des regards complices ou encore des moments de vulnérabilité inattendus. La subtilité de cette romance apparaît clairement lors de scènes apparemment anodines, comme leurs repas ensemble ou leurs moments de soutien mutuel face à des pertes douloureuses (notamment la mort du père de Cha-young, l’avocat Hong Yu-chan).


Enfin, un arc scénaristique notable concerne les intrigues juridiques et policières qui jalonnent toute la série. Les batailles devant les tribunaux, les enquêtes secrètes et les stratagèmes d’espionnage donnent un rythme soutenu au récit. Vincenzo et Hong Cha-young élaborent régulièrement des tactiques audacieuses, parfois peu orthodoxes, pour démasquer les malversations de Babel devant la justice ou pour mettre au jour les crimes dissimulés. Ces intrigues juridiques sont l’occasion de scènes à la fois dramatiques et comiques, soulignant l’aspect satirique de la justice coréenne.

Yoon Bok-in

Plusieurs séquences autour de la quête identitaire de Vincenzo, lié à l’abandon qu’il a subi enfant sont particulièrement émouvantes. Derrière l’apparence froide et calculatrice du mafieux italien, Vincenzo porte secrètement la blessure de son abandon par sa mère biologique, Yoon Bok-in. Cet aspect personnel et émotionnel du récit prend forme grâce à l’intervention bienveillante de l’avocat Hong Yu-chan, puis de sa fille Hong Cha-young, qui ont découvert l’identité de la mère de Vincenzo et font tout leur possible pour provoquer des retrouvailles, dans l’espoir d’apporter paix et réconciliation à leur ami. Vincenzo sait qui elle est. Elle ne sait pas ce qu’est devenu son fils. Ces efforts culminent lors d’un émouvant rapprochement entre Vincenzo et Yoon Bok-in, d’abord maladroit et pudique, puis chargé d’émotion lorsque il emmène sa mère en balade dans son fauteuil roulant. Un moment particulièrement poignant est une séance photo organisée par Hong Yu-chan, réunissant Vincenzo et Yoon Bok-in, image d’un bonheur familial enfin retrouvé. Mais Vincenzo n’arrive pas à lui dire qui il est avec des mots. Mais elle le devine.

La tragédie de ce destin brisé est amplifiée par l’injustice que la mère de Vincenzo a subie : condamnée injustement pour un crime qu’elle n’avait pas commis, elle avait passé des années en prison. Déjà affaiblie par un cancer en phase terminale, elle espérait seulement pouvoir vivre assez longtemps pour renouer avec son fils perdu. Lorsque Vincenzo retourne à l’hôpital avec la ferme intention de lui dire qu’il est son fils, elle est morte. Sa mort brutale, alors même qu’elle tenait la photo symbolique de leurs retrouvailles récentes, déclenche en Vincenzo une fureur froide et implacable, lui donnant une motivation renforcée et radicale pour se venger de Babel. Ce drame intime offre une profondeur supplémentaire au personnage de Vincenzo, éclairant ses motivations, ses douleurs cachées et son évolution psychologique tout au long de la série.

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