Jean-François Chazottes (1933-2021)

Jean François Chazottes est originaire de Mazamet dans le Tarn. Les Chazottes travaillaient dans l’industrie du délainage et son grand-père avait fait fortune dans le commerce des peaux de mouton en Argentine. Jean François est passionné de mécanique, il tient cela de son autre grand-père, Albert Rives, mécanicien et concessionnaire Hotchkis. Il fabrique toute sorte de machines pour améliorer le rendement des usines de délainage et aider au transport des ballots de laine dans les grands entrepôts des établissements Elisée Chazottes et Cie.

En 1952, il obtient son certificat d’aptitude professionnel en tant qu’ajusteur-mécanicien à Albi, à la suite de quoi il reprend l’auto-station de son grand père à Mazamet. 

A la fin des années 50, le commerce de la laine n’est plus aussi florissant. L’Australie a décidé de contrôler le marché mondial de la laine et les cours s’effondrent. Lorsque Robert Chazottes, son père décède en 1958, Jean François et son frère Pierre, ne se sentent pas de reprendre l’affaire familiale, ils sont jeunes et n’ont jamais été aux affaires. La société est vendue.

La jeunesse dorée mazamétaine passe ses week-ends en Espagne, Jean François s’y rend régulièrement avec sa Caravelle Renault. Leur point d’attache, Cadaquès, petite station balnéaire de la côte méditerranéenne. C’est là que Jean François découvre la plongée en scaphandre et devient un habitué du Club Med dès son ouverture en 1962. Il y passe beaucoup de temps et ses bonnes connaissances en mécanique le désigne tout naturellement pour réparer et entretenir les compresseurs du Club. La même année, il devient maître-nageur sauveteur et passe son brevet de moniteur international de plongée 1er degré.

Dans la famille Chazottes, on est pourtant plus « avion » que « plongée ». Jean Mermoz est entrée dans la famille en épousant la cousine germaine de Robert. Lorsque le couple Mermoz vient visiter les Chazottes à Mazamet, Jean François fait du cheval sur le dos de l’aviateur.  Qu’à cela ne tienne, Jean François passe son brevet de pilote privé d’avion en mars 1964.

C’est grâce à son frère Pierre qui revient de son voyage de noces en Polynésie que Jean François se décide à venir en Polynésie en 1965. Tout naturellement, sa première destination est le Club Med de Moorea.  Rapidement, de simple touriste, il met la main à la pâte, se fait des amis, certains le connaissent de l’Espagne et puis il rencontre une jeune polynésienne, Vaiana.

Retour en Métropole avec une vahiné dans ses valises, mais l’hiver, les souvenirs des eaux limpides de Polynésie et une proposition de boulot au Club, les décident à repartir en Polynésie pour s’y installer. Pendant plusieurs années, il travaille pour le Club Med, s’occupe des activités nautiques et de la plongée. Sa fille Valérie naît en 1967 et vit ses premières années entre les bungalows du Club et la plage. Quelques mois passent, et Jean François devient un papa célibataire. Après le Club Méditerranée, Jean François est embauché par Marine Corail pour développer le Centre nautique et le club de plongée attenant au Sofitel de Faa’a. Là-bas, il est secondé par Riro et Tani, deux anciens du Club. Il obtient son brevet de moniteur international de plongée troisième degré en novembre 1971.

En septembre 1974, Jean François intègre le service territorial des sports en qualité de maître auxiliaire pour occuper les fonctions de conseiller technique régional de plongée en scaphandre. Sa mission, la mise en place et la mise en œuvre des activités de l’école de plongée subaquatique. Le Centre de plongée est situé à la Marina Lotus.

Il passe un concours et est titularisé dans le corps de professeurs adjoints nouveau cadre en 1978. Jean François devient conseiller technique régional de plongée au service de la jeunesse et des sports l’année suivante.  Il y travaillera plus de 16 ans avec les directeurs du Service de la jeunesse et des sports : Michel Baltzer, Jacques Rangeard et Jacques Bonno. Jean François passe alors les examens du brevet d’état, BEES 1, puis BEES 2 en 1981.

Fin 1983, il part trois mois en Métropole pour se former et se présente à la session du brevet d’état du 3ème degré d’éducateur sportif de plongée subaquatique (BEES 3) le 17 février 1984. Il l’obtient et intègre le corps des professeurs de sport en 1991.

Lorsque Napoléon Spitz devient ministre, Jean François parcourt les îles et atolls de Polynésie afin d’y former les plongeurs des fermes perlières. Plus de 2000 plongeurs sont formés en Classe A et Classe B. Il met en place une pédagogie efficace, certains se souviennent encore de la position du « barracuda » ou de « la nacre » pour apprendre la technique du poumon ballast. Jean François devient « Fanfan ». Plus de deux mois par an, il part dans les îles, aux Tuamotu où il conçoit avec les plongeurs des fermes perlières des procédures pour maintenir les stations de nacres aux bonnes profondeurs. Il participe également à la dépollution de certains lagons en remontrant à l’aide de parachute gonflé d’air, d’anciennes canalisations enfouies dans le sable. L’âme bricoleuse, il n’est pas rare qu’on vienne lui demander de réparer un compresseur, de régler un détendeur, de jeter un œil sur un moteur hors bords.  

En tant que CTR, il doit également contrôler les clubs, vérifier les équipements. Jean François surveille également les championnats de chasse sous-marine. L’obtention d’un poste de conseiller technique territorial (C.T.R) est évidement un enjeu tout comme la nomination sur chaque poste. Ainsi en 1990, LA F.F.E.S.S.M n’a que 5 CTR en poste (R. Cavallo, C. Martin, R. Pothier, G. Altman et JF. Chazottes).

Lors de ses congés en France, Jean François visite régulièrement les ingénieurs de la Spirotechnique à Carros, il leur apporte quelques idées notamment pour modifier les détendeurs du 1er étage et 2e étage et améliorer le matériel de plongée qu’il teste en Polynésie française tous les jours de l’année. Il apporte également des conseils éclairés au fabricant de montres Omega concernant les joints toriques d’étanchéité. Jean François dépose quelques brevets et notamment celui d’un étrier « incassable » pour la chasse sous-marine qu’il fabrique en petite série pour Aline Sport.

A la fin des années 80, il supervise les travaux de construction d’un nouveau Centre territorial de plongée à la Marina Taina à Punaauia. Le centre est destiné à la formation professionnelle, et propose des plongées le mercredi, le samedi et le dimanche, à bord d’un Boston Whaler équipé de deux gros moteurs Mercury. Durant toutes ces années, plusieurs plongeurs vont le seconder : Éric Jullian, Pascal Le Cointre, Joël Orempüller, puis Jean Michel Kircher qui lui succédera.

En 1994, Fanfan prend sa retraite du côté d’Antibes, mais revient deux fois par an visiter sa fille et ses petits enfants à Tahiti. Deux ans plus tard, il reçoit des mains de Guy Drut la médaille d’argent de la jeunesse et des sports. Il revient en Polynésie après le décès de sa troisième femme Marielle, pour vivre chez sa fille et sa famille sur les hauteurs de Mahina.

Durant près de 30 ans, Jean François Chazottes a réalisé plus de 12.000 plongées dans les eaux polynésiennes. On se souvient de « Fanfan », de sa silhouette longiligne, des mille et un gadgets accrochés à sa ceinture de plongée, de son fusil sous-marin avec lupara, de ses inventions, de ses sifflements et chants sous l’eau, de son amour de la plongée et de la Polynésie.

Photos : Collection Valérie Louvat-Chazottes
Texte : Marc E. Louvat

Une réponse à « Jean-François Chazottes (1933-2021) »

  1. Avatar de AULAGNER Jean- Claude
    AULAGNER Jean- Claude

    Merci pour tout ce que tu m’as apporté.

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